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CATALOGUE
1987 |
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Dès ses premières
sculptures, Catherine Bouroche affirmait le milieu esthétique, ou plutôt
éthique, auquel elle appartient, où la réalité
s'exprime à travers des formes organiques concrètes. La signification
en est devenue de plus en plus évidente, lorsqu'elles se sont trouvées
affrontées aux formes abstraites inventées par l'homme.
D'un côté des formes douces sorties de la nature, tubercules
végétaux gonflés de sève, protubérances
animales ou humaines infiniment légères malgré leur masse,
nuages indifférents au poids d'eau qui les maintient en suspension
dans une atmosphère abstraire. De l'autre, des objets tranchants, des
cadres échappés d'architectures post-modernistes, des cages,
des murs, géométries créées par la main ou la
machine pour diviser, tailler, contraindre le foisonnement naturel. Entre
ces haches qui s'introduisent dans la douceur molle, ces cadres qui servent
de tremplins au jeu des masses ludiques, ces nasses qui s'acharnent à
contenir le débordement des formes vivantes, il n'y a d'échappatoire
que dans un jeu où l'organique gagne en tout cas, puisqu'il se régénère
en se divisant et refuse de se couler dans le moule géométrique
de la cellule construite. Il y a tout lieu de penser qu'une mutation est possible
: c'est ce que suggère " La mutante ", une petite sculpture
blanche qui fixe l'instant où la forme ventripotente garde un pied
dans le bloc-coquille ; mais faites-lui confiance, elle en sortira.
Ces sculptures qui impressionnent au premier abord, tant est direct le conflit
entre la courbe et l'angle, sont cependant sans violence.
Elles sont le constat d'une réalité qui obsède Catherine
Bouroche, depuis dix ans maintenant, depuis cette première " Hache
" de 1977 où s'impose la dialectique doux/dur, agression/libération,
jus-qu'aux " Lucarne ", " Nasse ", " Contraste "
des années 84/85/86.
Elles sont enrobées d'une acceptation rêveuse et triste, mais
sauvées par l'humour du jeu de ces formes molles qui se coulent d'une
case à l'autre, " La courte échelle " (1985), s'épient,
" Le locataire du dessus " (1983). La surface polie ou mate de l'époxy
noir ou blanc confirme le dialogue inlassable entre deux mondes antagonistes
au milieu duquel s'inscrit le destin humain.
Yvonne Brunhammer
Conservateur en chef du
Musée des Arts Décoratifs
Septembre 1987